#jamais

#jamais
une immondice de lessive impraticable
un monticule de courrier d’étrangers
je suis amoureux de la femme abstraite pour qui j’ai répudié les cadeaux de mes ex
mon corps est mort à la pagaie
mes dettes aux maillets et tambour
je t’ai offert du luxe
mais tu m’as offert la famine
comme un cadeau d’adieu
je tutoie mon syndic de faillite
je voudrais lui présenter mon burnout
nous deux c’est pour toujours

~ ; ~

#lesLongueursBlanches

saisir | le monde
constructions | sous les lumières

le gain d’une idée | aucune emprise sur la capture

c’est une manière de liberté

*
je n’ai pas prévu la fin

je ne sais plus si dépenser pour un compte épargne

relève de la dépense ou de l’épargne

il paraît qu’il faut vivre pendant qu’on vit

*
je fréquente les longueurs blanches

mais d’abord les jours d’avant

l’escalade pour dompter les ravins d’avant

la géométrie savante mécanique des lignes

suppose l’amour théorique de la femme abstraite

articulée

mathématique

élégante

économe

laconique

*
je ferai parler les cheveux sans trop d’artifices

mes doigts veulent se garrocher dans les plis chauds

des blouses des filles

je ne m’étendrai pas plus sur elles, car je m’étendrai sur elles un peu plus

j’ai voulu faire dialoguer le rêve et le jour

au point d’anticiper tout le ridicule

toute l’incongruence des bras qui traînent à la traîne

*
j’ai expérimenté la sustentation peu loquace

aux impossibles vapeurs

que l’on n’ose pas pelleter de peur

d’en rompre l’extinction muette du repos recherché

*
je combats les créatures de la nuit

vaporeuses comme des clichés aux cinéma

le monde n’aura jamais autant connu de paradoxes

que l’amour des chats – les griffes et les gorges

s’il venait à piailler la gueule des pierrots

je saurais enfin si le jour est probable

quel nom donnent-on au ouaouarons mélomanes

*
j’ai fréquenté les longueurs blanches

et alors les jours d’après

*
le vide télévisuel se répercute dans le vide du net

il attend de traverser la rue avec le vide des routes

puis la recherche d’un mégot

~ une fleur

*
ils sont bavards

les cailloux

dans le roulis de la rivière

ils sont heureux

les pieds bronzés

ils sont prometteurs les ongles dans la terre nourricière

ils sont valeureux

les arbres libérés

*
les nuques blondes

qui ont vu pousser

fromentaux et avoines

ici un tonneau gorgé de vin

il y a du champêtre sur toutes les peaux travaillées par le travail du travail

ici à chaque instant son fruit

*
nous n’aurons plus à demander de l’aide

mon corps soulevant transportant sous le vent

une interface à cela autour ~ toi

*
la femme abstraite est un réseau

insecte neuf

je gravis les mailles

où tout se répète différemment

*
le poème est toujours le même

depuis mon tout premier mot

*
on m’a fait dire : everything is connections

nous sommes tellement aujourd’hui

~ plus que jamais

*
ces choses étrangères qui peuplent

des signes contre toutes les volontés

ce qui tremble sur ses pattes

comme une flamme sous la tourmente ~ espoir

*
ces gestes calculés comme des rituels neufs

je porte encore la saveur au cœur

celle où tu rimais la musique

de nos corps dépareillés

maladresse voire puzzle

*
cette attitude bienveillante

quand on croit aux astres

en mer

~ ainsi fleuriraient les visions

nos corps fenêtres béantes

à la vie de l’autre

*
nous ne savons plus les prises de parole ~ comment

l’interface nature-culture ~ les choses qui s’éveillent

*
il faut vivre pendant qu’on vit

il n’y a pas d’autre chose ~ unique liberté

~ ; ~

#merveille

*

Montréal cette femme au seuil du nommable

à l’orée du principe

j’appréhende ce concept

et en contient la fuite vers jamais toujours

il n’y aura pas de poinçon

pas de fêlure

pas d’écartèlement

pas de fission

Montréal drôle de moineau

qui piaille

comme mes semelles

les jours de grisaille

les jours incinérés de l’Est

sous les lignes de chemtrails

allant venant entre les affaires et les vacances

Montréal chosifiée

comme un amour schizoïde

abstraite

sans saveur sans nom

sinon tout

folie universelle

droite et disciplinée

Montréal nouveau monde

d’un état d’âme à l’autre

tu avances et recules mon heure

deltaplane ou désespoir

que sais-je

Montréal récit

ici ou ailleurs

l’un et l’autre

striés du nom des morts

et parfois des poteaux

pour une gloire quelconque

à saveur de vieilles luttes

renouvelées

des débats

des circonvolutions périphériques

des pseudodémocraties

des héritiers

Montréal conspuée conchiée adulée idôlatrée

Montréal manège

les hauts le cœur

et la sérénité éthylique

Montréal cachet

architecture médicament artistes

Montréal répétée en autant de Montréalais par instants

Montréal infrastructures du règne minéral

puis ce moment de la nuit de la traversée des neiges

où se noircissent les lignes verticales

où les violences de la tempête se suicident dans mes yeux de gamin

Montréal je pleure sinon quand c’est possible

Montréal poème

d’un graffiti

d’une mauvaise herbe

d’une lézarde

d’un coin où pisser

où mourir incognito

une petite vite

un spliffe

une abeille

un potager

un chat

un vélo

un cadenas

un hamac

les ruelles n’ont pas de nom

Image

#voyage

cette drôle de solitude
qui déambule
entre les foules
~ je l’attends à la maison

je vénère le soleil
les oiseaux
et le silence des non-lieux
– on ignore les mots sur les murs

il y a des sensations dans mon torse
entre le bourg et le ghetto
un transit difficile
qui traîne des pieds
parfois
les jours de lourdes pluies

le rapport à la ville
comme à la femme abstraite
entre l’ambivalence et l’amour
je cherche dans les yeux des lieux prochains
une escale où quelqu’un m’entourerait le cou

je m’exerce au poème
en attendant
un train
comme si c’était le nôtre