travail 0003 | la persistance du corps contre la culture de l’Autorité

|LE TRAVAIL ET LA DETTE|1v1

L’ALLÉGORIE DE LA SOUPE
Paul veut manger une soupe chez Julie. Pour en avoir une aujourd’hui, il doit s’engager à produire une soupe demain. C’est l’usage de la soupe d’aujourd’hui dont il n’est pas le producteur ni le propriétaire qui le force à emprunter sa soupe du jour. Mais la créancière, Julie, lui demande de lui rembourser deux soupes demain. Alors Paul s’engage à produire deux soupes pour la soupe du jour et deux soupes supplémentaires pour la soupe de demain. Si Paul représente le prolétariat, Julie représente la bourgeoisie qui détient la cuisine où sont produites les soupes. Paul est un débiteur, Julie est l’ensemble des corporations qui exploitent le travail de Paul dans ses cuisines. Il en est de même pour Roxanne, une autre prolétaire qui s’engage dans le marché du travail que représentent les cuisines de Julie. Julie devra veiller à la bonne santé de ses travailleurs, et qui sait, de leur descendance pour prospérer… elle et ses héritiers de la cuisine…

Pour équilibrer le travail en cuisine, Julie devra offrir quelques privilèges aux plus vaillants des employés et créer des postes cadres, et qui sait, donner quelques soupes aux plus méritants…

Quand vous donnez de l’argent, vous donnez une créance. Une créance engage une dette. Une dette est une reconnaissance de propriété privée. Ici, la soupe initiale produite chez Julie. La propriété, c’est le vol, ici c’est le travail concret de Paul et de Roxanne.

Quand vous donnez de l’argent, vous encouragez le VOL.

Le capitalisme n’est non seulement une économie du vol (du bien commun par la propriété) mais aussi du viol, puisque ce sont toujours nos corps qui sont exploités pour fournir du travail et consommer.

Plus un achat est coûteux au détail, plus le corps du travailleur-consommateur est exploité à travers sa production et à travers sa consommation.

Mais, du coup, que dire du discount (des petits prix)? me demanderez-vous.

Il est amorti sur les autres ventes d’une autre période, d’un autre produit, ou d’un autre détaillant. Dans la chaîne de transactions, il participe en dépit des choix individuels les plus responsables.

Il faut voir la relation entre la production et la consommation.

Un producteur de travail concret reçoit une rétribution : salaire, honoraires, cachet etc. Il redonne à l’économie la valeur abstraite que représente sa rétribution par sa consommation. Un paiement d’un consommateur est la remise en circulation de ses propres rétributions reçues. La monnaie transigée rend compte d’un travail concret. Ce travail concret reçoit une reconnaissance de dette comme rétribution. C’est du crédit ou de l’argent-dette.

Quand un détenteur de crédit rembourse ses propres dettes avec ce crédit, il rend compte de sa création concrète de valeur par le travail concret pour lequel il a obtenu ce crédit. La monnaie dette annule la créance et un équilibre entre la production du débiteur et l’émission de crédit devrait donner la valeur 0 $ dans le calcul.

L’usage de dette propulsera l’économie qui repose sur le crédit dans l’engagement des travailleurs à produire du travail concret. D’abord parce qu’une créance actuelle engage le crédit du travail concret dans l’avenir, ensuite parce qu’une créance constitue la spéculation d’une production de valeur concrète dont la valeur abstraite honore le crédit actuel. Le travail concret, c’est le travail qu’un humain effectue dans l’économie au jour le jour. La valeur de sa rétribution monétaire après la production concrète de travail correspond au travail concret effectué dans l’avenir. L’interface entre le travail d’aujourd’hui et le travail de demain est l’argent, créé par l’émission de crédit qui engage le travail futur des humains envers la richesse en circulation dans l’économie d’aujourd’hui. Payer avec cette monnaie-dette, c’est enchaîner les travailleurs au travail concret qui honorera les créances, qui font fonctionner l’économie d’aujourd’hui. Les économies mondiales d’aujourd’hui voient leurs dettes exploser par l’usure (cad le crédit et les intérêts) créant du même coup, l’asservissement des générations futures dans la production de travail concret et la dévaluation de la monnaie, une dette abondante, cad une valeur abstraite (ou symbolique du travail à venir) donc la baisse du pouvoir d’achat : l’inflation qui fait monter le prix des marchandises. On sait tous que les rétributions du peuple ne suivent pas les rétributions des hautes classes et des bourgeois… qui peu à peu colonisent les marchés où faisaient commerces les pauvres…

La seule consommation, qu’importe qu’elle soit équitable ou pas, bio ou quoi que ce soit, contribue à l’usage de dettes qui repousse toujours plus à demain la solvabilité de l’économie d’aujourd’hui. Une économie nationale normale (avant Bâle 1,2 et 3) c’est une monnaie pleine, nationale qui d’un côté injecte de la valeur abstraite dans l’économie du pays et de l’autre la régule par l’impôt, des entreprises surtout, et par les taxes et par les divers péages. Les impôts rendent compte du travail concret réel. Quand le crédit plein rencontre la fiscalité, il y a un équilibre entre la colonne des dépenses anticipées de l’État et le travail effectué de la population. On peut dire que l’État a bien planifié son budget et le travail des travailleurs de son pays. C’est quand l’intérêt privé qui ne rend plus compte de rien sinon de la spéculation entre en jeu avec la privatisation des dettes publiques mondiales en 1973 que les dettes s’emballent et que le pouvoir d’achat des travailleurs péréclite. Plus de dettes, moins de salaire, plus d’impôts sur les travailleurs, moins d’impôts aux entreprises et secret bancaire sur les fortunes de l’évasion fiscale, voilà le fardeau de l’économie financiarisée sur la population qui travaille concrètement.

L’explosion de la dette et la stagnation des salaires ne peuvent plus s’équilibrer par le système de taxes et d’impôts. Non seulement les impôts sont trop lourds pour les travailleurs seuls avec la dette, mais ils sont insuffisants pour suivre l’explosion de la dette, dont la rhétorique sert à saboter les services publiques de moins en moins gratuits, donc de plus en plus en payants.

Enfin, avec la financiarisation des économies nationales, on a laissé le grand casino gérer notre table. De la folie au profit des grands joueurs.

L’économie monétaire, qu’elle soit pour des armes ou des semences, elle utilise de la dette, le travail à venir des travailleurs enchaînés au capitalisme. En gros, dépenser aujourd’hui, c’est exploiter demain. Je trouve ça inadmissible peu importe la qualité des marchandises.

Il y a plein de domaines où on peut éviter l’usage d’argent. C’est généraliser cet esprit, celui du gratuit(donné) et du non-payé(pris) qui m’importe le plus. Plusieurs façons de prendre sans payer existent, elles sont soit légales ou illégales. C’est une question d’audace et surtout de solidarité. La solidarité fera fléchir beaucoup de gens à la faveur d’un système de dons. Bien sûr, la solidarité étatisée est gratuite (et de plus en plus maigre) mais elle est payée (de plus en plus par les travailleurs seuls). C’est la logique individualiste de la privatisation des risques invididuels et la socialisation des risques et des profits corporatifs. Le retrait de l’impôt sur les grandes fortunes (qui capitalisent le travail concret des travailleurs!) est un exemple fulgurant. Et que dire du frère Olivier Sarkozy qui va vendre aux Français une assurance retraite (retraite privée). Au Canada, nous avons déjà le REER et les CELI qui privent l’économie de revenus par l’impôt, à cause de l’épargne et qui désolidarisent les travailleurs au profit des gros salaires. Une folie des gouvernements néolibéraux canadiens qui mettent entre les mains des banques l’épargne des travailleurs qui tentent de s’organiser une retraite décente.

En somme, plus on achète, plus ils exploitent. Plus on paie cher, plus on est exploités. En revanche, moins on paie cher, plus « les travailleurs du tiers-monde » sont exploités. La délocalisation aura pour effet magique d’exploiter au moins deux peuples avec une marchandise. La globalisation aura pour effet d’opposer les travailleurs du monde dans une logique de compétition où la demande de salaire augmente et le pouvoir d’achat baisse, où se raréfient le Salaire et les Emplois, par l’intermédiatisation du Marché mondial, tout en tirant vers le bas les conditions de travail et le pouvoir d’achat entraînant toujours plus de surtravail pour consommer et pour rester compétitif.

Le pari de l’économie du don sera de défaire la dépendance au salaire, dont la dépendance à l’Emploi devra être défaite dans un premier temps par le salaire inconditionnel d’une économie mutualisée, tout ceci reconnaît que Vivre en harmonie avec les Vivants dans l’environnement est déjà une production de valeur en soi au sens de la biosphère : faire persister la Vie est LE travail inhérent au Vivant.

SCIENCE FICTION DE L’ÉPIGÉNÉTIQUE
L’usage d’outils est le résultat de l’évolution. La domestication peut transformer le génôme. Le génôme des animaux domestiques après près de 30 000 ans les rend mésadaptés à la vie sauvage. L’argent existe depuis 5000 ans ou plus. Nous sommes en train de muter par l’épigénèse. Nous allons devenir probablement incapables de survivre sans la civilisation (Babylone) si notre génôme nous condamne à l’argent. C’est une hypothèse. Mais la domestication est le résultat de la centralisation des activités de notre espèce, on retrouve ces comportements chez les fourmis, elles aussi centralisées avec une division du travail, seulement cette division du travail est conditionnée par le régime alimentaire de la larve selon les besoins de la colonie. Pour l’humain, la domestication et la division du travail est fortement ou uniquement conditionnée par les patrimoines formels et informels acquis par la naissance dans une classe sociale, dans une société donnée, à une époque donnée et à un endroit donné.

Paul Lafargue écrivait en 1883 dans Le droit à paresse ces sages paroles :

« O idiots! c’est parce que vous travaillez trop que l’outillage industriel se développe lentement. »

travail 0002 | La persistance du corps contre la culture de l’Autorité

|NI EXPLOITATION, NI PROXÉNÉTISME|1v4

Je tente de démontrer que le capitalisme est un proxénétisme.

Il faut distinguer le travail du sexe de l’esclavage sexuel. Si l’un est une tarification de son propre corps et ses possibilités au profit d’un client-proxénète, l’autre est un viol tarifé du corps et ses possibilités au profit d’un proxénète et d’un client. Le premier cas, qui sans être un cas bénin d’exploitation, est moins intermédiatisé que le second consistant en une double hétéronomie où le proxénète et le client-violeur hétérogèrent le corps (font la loi au corps) de la victime.

La logique hétéronome consiste à fragiliser sa proie, lui imposer des solutions qui encourent une dette, forçant soumission, fidélité et reconnaissance à l’oppresseur, faute de quoi, la confiscation des privilèges ou la répression, puis le jugement et l’exclusion s’appliqueront en guise de punition. Ce sont là les modalités de renforcement de la violence initiée par la paupérisation et la pauvreté, léguées par la classe ou causées par l’enlèvement d’un corps à son environnement. L’esclavage sexuel est une logique colonialiste contre le corps même.

Si un autre mot est plus approprié que « travail du sexe », mais se distingue d’« exploitation », je l’emploierai. Ma démarche tente de départager moralement celleux qui s’engagent dans le commerce de leur corps sans l’exploitation d’un tiers parasitaire, le proxénète monnayeur, contre celleux qui sont les victimes les plus violentées de ce commerce. Mon intuition m’indique un rapport d’autonomie vis-à-vis de la tarification du corps exploité. J’ai des camarades qui font de la « caméra », cad de la pornographie en ligne, dans le confort de leur appartement. C’est cette activité-là qui m’indique un degré d’autonomie très différent de celles qui sont perpétrées sous la séquestration dans des clubs de milliardaires.

La question ultime est celle qui oppose l’autonomie socialement graduée à la dimension inviolable de l’autonomie qui consacre le vivant de façon inconditionnelle. J’entends socialement, car la société agit de sorte que les conditions méritocratiques de la liberté marchandisée se trouve validées. J’entends graduée, car le marché des libertés-marchandises est gradué selon la rencontre imaginaire de ce qui est offert avec ce qui est demandé sous la logique libinale du pari sur le désir, la spéculation. Cette logique marchande, qui met à l’œuvre les corps tantôt pour produire la marchandise ou se transformer en marchandise, tantôt pour consommer le corps vendu et ses productions, s’oppose par l’intermédiation du marché et de l’argent à la liberté des corps de donner les fruits solidaires du travail socialisé.

Je ne crois pas à la liberté monnayée, la valeur socialement construite de la monnaie est très exactement l’exploitation du vivant. Payer pour vivre et vivre pour payer est à mon sens la consécration du capitalisme. Il faudra voir comment la méritocratie construit socialement les conditions des « libertés » marchandes, les privilèges.

Sous les diktats du capitalisme, l’aboutissement de la production de valeur est toujours la tarification du corps, seul travailleur vivant, au sens de Friot, vivre est inconditionnellement une production de valeur. C’est le monnayage de cette valeur qui fait précisément le capitalisme.

Le salariat comme le proxénétisme sont une tarification du corps et ses possibilités. Le salariat, c’est prétendre un prix au corps et ses possibilités. C’est la marchandisation du temps, de la persistance du corps dans le temps, bref, c’est la perversion du conatus par la spéculation et l’argent qui prétendent que l’irréel commande le réel. Le salariat est une aliénation.

Pour qu’un don soit complet, il faut qu’il soit gratuit, car on le donne sans contrepartie et non payé, car on le prend sans contrepartie. Dès qu’il y a un profit qui se fait hors de l’usage, il y a exploitation.

Les bienfaits intrinsèques et les bienfaits extrinsèques donnent la valeur du travail. Si une valeur en contrepartie est exigée, excédant par son ajout la valeur des bienfaits, il y a de facto un profit qui s’ajoute aux valeurs naturelles du travail, une spéculation affective qui le pervertit.

Le seul « bienfait » ou « salaire » qui soit éthique, c’est l’usage consenti. Si ce n’est pas pour l’usage, c’est pour le profit qui engage l’exploitation. Si ce n’est pas consenti, c’est du viol.

S’il y a profit, il y a exploitation, il y a proxénétisme. S’il y a usage et profit, il y a exploitation, il y a clientélisme et proxénétisme, voire domestication…

J’entends clientélisme en ce sens que l’usager est un client qui rétribue le travail d’un corps pour son profit. J’entends proxénétisme en ce sens que l’usager exploite le corps de l’Autre et ses possibilités. J’entends domestication, car le corps est confiné à un usage utilitaire en dépit de tout lien social égalitaire, s’il y a la domination et l’usage pour le profit, il y a la domestication du corps de l’Autre.

Ce rapport est antisocial, car il enfreint le consentement, pierre angulaire de la liberté et de l’égalité, de l’autonomie individuelle et sociale qui fait la solidarité inhérente à ce qui ce nomme société.

L’usage domestique du corps est le bout de l’individualisme, où le corps s’approprie le corps de l’Autre pour l’exploiter. C’est la privatisation du corps, son objectivisation. C’est le stricte contraire de la socialisation, qui fait sujet le corps des personnes liées dans la liberté égalitaire.

L’argent est égalitaire en ce sens qu’elle assujettit toutes les classes de la société à son fonctionnement. Autant les exploiteurs que les exploités en tirent leurs privilèges et subissent les stigmates que leur lègue leur classe. Le bourgeois et le prolétaire ne sont pas frères, ils sont ennemis d’une guerre de classes. Cette égalité de la haine maintient la tension nécessaire à cloisonner les classes et à rendre leur traversée coûteuse dans un sens comme dans l’autre. Le bourgeois n’est pas vraiment libre, son statut ne tient qu’à l’obéissance des exploités et à la haine cannibale de la compétition. Les exploités non plus, chacun des centimètres de jeu à leur laisse politique leur coûte l’exploitation du corps et ses possibilités. La méritocratie, c’est la tarification de l’exploitation, un marché proxénète. Tout le monde doit prostituer quelque chose pour acheter ses privilèges. La propriété, permet de retourner la logique contre le corps des Autres. L’argent, c’est l’esclavage égalitaire. L’égalité sans liberté, c’est l’Autorité. Seule la liberté égalitaire et écologique peut assurer un avenir à notre espèce.

Puisque c’est toujours le corps qui travaille, toute rétribution du travail est une tarification du corps.

Si le travail du sexe est travail, tout Emploi est une prostitution.

Paul Lafargue écrivait en 1883 dans Le droit à paresse ces sages paroles :

« O idiots! c’est parce que vous travaillez trop que l’outillage industriel se développe lentement. »

travail 0001 | La persistance du corps contre la culture de l’Autorité

|LA NOTION DE TRAVAIL CONTRE L’EMPLOI ET LE SALARIAT| 1v3

Le travail à faire existera toujours ; il s’agit simplement de « Vivre » ou au sens de Spinoza, de faire persister le corps dans le temps : de brosser les cheveux de la grand-mère, d’allaiter le nourrisson ou de cueillir les tomates du potager communautaire, il s’agit toujours de modes de Vivre, donc d’activités humaines qui méritent une reconnaissance dans le système qui arrime le travail aux besoins de la communauté : je l’appelle l’économie par opposition à la Dystopie du temps comptable (le temps divisé). Un corps dans une société libertaire persiste dans le temps dans ses modes de Vivre, l’expression même de sa liberté, un temps de merveilleux.

Il faut distinguer le travail qui totalise les comportements humains dans l’environnement et l’Emploi qui divise le temps pour spécialiser l’activité humaine dans des tâches sectaires sous la logique comptable du temps. L’Emploi est une chaîne qui relègue chacunz de nous à une fraction de la division du travail. Nous limiter ainsi participe de la castration sociale, car elle nous rend dépendantz des productions/marchandises de la division du travail, puisque dans un premier temps, elle nous occupe sur un éventail de tâches restreint, et dans un second temps, elle nous dépossède d’un temps d’apprentissage et d’expérimentation qui nous rendrait plus polyvalentz, donc mieux adaptéz à la liberté. Il faut au contraire encourager la polyvalence et décloisonner les modes de Vivre en dehors des diktats des régimes Autoritaires cad, dans notre cas, les capitalismes.

L’Emploi est la contrepartie étymologique de l’Exploitation, c’est une captation de l’effort de travail par le truchement du Salariat. Le Salariat est la dépendance organisée à ces piliers du capitalisme :

1- l’ Emploi est le travail monnayé sous le régime autoritaire de l’Exploitation qui permet le Profit, donc la capitalisation de la valeur produite, c’est un enfermement de l’emploi du temps qui en échange de la production de valeur octroie aux employés les privilèges de leur classe sociale ;

2- le Productivisme arrime l’Emploi, donc le travail salarié exécuté sur les moyens de production de valeur, un patrimoine aux mains du Patronat…

3- au fétichisme de la Marchandise, seule rétribution du travail sous l’égide du Marché méritocrate sous la condition du Salariat ;

4- en engraissant le Capital duquel s’agrandit le patrimoine ou la mainmise des possédants, les Patrons propriétaires, sur les moyens de production de valeur grâce au surtravail des prolétaires qui surproduisent de la valeur abstraite qui aboutira vers les dépotoires fiscaux ou dans l’investissement dans des moyens de production de plus en plus aliénants.

La plateforme de dépendance qui articule ces piliers est le Marché qui place tous ses acteurs dans un système de compétition émulé par l’Autorité, puisqu’il trace la limite de la Morale des vainqueurs méritant et des perdants non-méritant. Le Marché engage ses acteurs dans la compétition où beaucoup sont appelés à fournir du travail et surtout du surtravail par les divers emplois salariés de la division du travail maintenue sous le joug de l’Autoritarisme qui instrumentalise le Capital pour maintenir son ordre vertical, la culture de l’Autorité.

Nous sommes acculturés à cause à de la division du travail, l’atomisation sociale, le dévoiement de l’artisanat, le post taylorisme, l’exacerbation des phobies sociales, la baisse du pouvoir d’achat, le maintien et la dégradation du cheap labour et des bullshit jobs (cf. http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Bullshit_Jobs-546-1-1-0-1.html), le crédit et le fétichisme de la marchandise obsolescente et la colonisation des espaces du soi : corps, esprit, temps, attention, sentiments sont prostitués dans la romance du Mérite du Salariat et du dépassement de soi connu sous l’appellation culture du Travail, bref la culture de l’Autorité.

L’individualisme promulgué par les médias de masse vend l’autonomie (anti)sociale comme un idéal de liberté et de responsabilité alors qu’au contraire la responsabilité en boucle fermée est une sociopathie ou l’individu atomisé et divorcé de la communauté est voué à l’échec : il va mourir dans des mouroirs à petits vieux en autarcie sociale dans une jungle de gyprock.

Le problème, c’est qu’à part certains clochards, personne ne mangerait un sandwich non emballé du premier inconnu qui passe. Ce qui unit les consommateurs dans le Marché, ce n’est pas nos qualités individuelles, toutes utiles, c’est l’argent. Vous mangez la nourriture des inconnus qui est à vendre dans les conditions définies par le Marché. L’argent fait office de contrat (anti)social et de « garantie » qui parasitent la confiance et l’engagement. Le faux contrat parasite la confiance et la fausse garantie parasite l’engagement.

Cette culture consumériste nous a endoctrinéz dans la culture l’Autorité et vice versa au grand plaisir de nos Maîtres possédants.

Le Patron possédant exerce un chantage sur ses salariés sur la base qu’il est le titulaire d’un moyen de production, son exploitation. Le chantage participe de la Peur, car ayant le monopole sur le moyen de production, il peut exclure celleux qui font entrave à son profit : l’apprentiz trop lent, l’ancienz syndicaliste ou encore unz mutinz, dont il faut noter la violence défensive. La lenteur en entreprise est un vilain défaut, surtout dans les administrations tayloristes (cf. Dans les hôpitaux, les soignantz sont minutéz à chacune de leurs tâches). C’est une condition débilitante et surtout mortifère de la gestion comptable de la Santé. Bref, tous les secteurs sont calqués sur la nanoseconde des marchés boursiers, cela ne profite qu’aux actionnaires qui ont l’éternité fiscale paradisiaque.

La richesse réelle est le fruit du travail concret des vivants. La richesse abstraite a une double fonction. D’abord, elle permet la thésaurisation illimitée du produit réel du travail concret, puis de ce fait, elle prive la caste prolétaire, la contraignant aux travaux forcés sous les conditions de la caste bourgeoise, propriétaire des moyens de production.

Le titre de propriété sur la cuillère, la spatule, le Pyrex et la farine fait que les sous du gâteau que l’on fait dans les locaux du Patron vont à cet employeur. C’est dire que notre force, notre talent, notre expérience et notre temps investis dans ce gâteau valent 2% de la vente et que le titre de propriété sur la matière et les outils octroie 98% des revenus à notre exploiteur. Comment sont payés les moyens de production? À même notre travail de prolétaire!

L’Histoire instaure des institutions qui reproduisent les rapports de pouvoir. Par exemple, le patrimoine est une institution qui participe au maintien des rapports de force Maître/esclave par la transmission de la propriété à une descendance qui reproduira l’exercice de force sur les descendants sans moyens. On peut rechercher à abolir les rapports de force institutionnalisés en réhabilitant la souveraineté individuelle dans la démocratie directe, mais d’abord en abolissant la propriété en faisant libres des moyens de production les artisans qui les opèrent. Il faudra parier sur la notion du SAVOIR-FAIRE plutôt que celle de l’AVOIR pour que tous puissent participer à l’émancipation des corps et des peuples.

L’argent est un instrument de sociopathie, car il contrefait la confiance des uns et l’engagement des autres en les suppléant par un objet de spéculation sur le désir. L’argent est un objet raréfié en dépit de l’abondance du travail et de la richesse qu’il produit, un objet d’un monopole conditionnant l’accès au bien commun qui par le chantage méritocratique crée et maintient la stratification sociale, tantôt en pourvoyant les uns d’une mainmise patrimoniale sur les outils, tantôt en privant les autres du fruit de leurs efforts, seul vrai produit intérieur brut, et cela en vertu de régimes qui garantissent la propriété privée, assise légale au Patronat.

Le passage par le mutualisme est une étape économique enviable pour notre émancipation au même titre que l’instauration de réseau d’entraide gratuite et non-payée. La différence entre le revenu d’Emploi et le salaire à la personne de l’économie mutualiste n’est pas la consommation – puisque dans les deux cas de figure, l’aboutissement est la consommation payée, mais les critères de qualification pour lesquelles nous sommes reconnuz. Chez Friot, touz humainz est qualifiéz à un salaire à la personne, qui lui permettra d’entreprendre librement son actualisation, que j’appelle individuation comme Cynthia Fleury et d’autres penseurz des gauches occidentales. Il s’agit des modes de Vivre qui fait persister le corps dans le temps (cf. conatus de Spinoza). Le revenu d’Emploi est méritocrate : il pose le (bon) travail (licite ou illicite) comme une condition au privilège de la consommation payée. Dans le cas du salaire à la personne, le salaire est la condition du travail : c’est parce qu’on reçoit le don du salaire inconditionnel que l’on peut s’engager dans des travaux. Dans le cas du revenu d’Emploi, le travail est une condition du salaire : c’est parce qu’on occupe un emploi que l’on reçoit le privilège du salaire.

Paul Lafargue écrivait en 1883 dans Le droit à paresse ces sages paroles :

« O idiots! c’est parce que vous travaillez trop que l’outillage industriel se développe lentement. »