don 0005 | Le don contre le profit : la solidarité de tous.tes contre la culture de l’Autorité

|LE TEMPS DE QUALITÉ CONTRE LE TEMPS COMPTABLE|1v1

Je tente de contraster l’économie du don et l’économie de Marché, notamment en introduisant le concept des temps de qualité, les valeurs qualitatives du temps, contre le concept de temps comptable, les valeurs quantitatives du temps dont la nature est en contradiction avec les principes de confiance et d’engagement qui lient les acteurs de l’économie du don. Enfin, j’introduis la notion d’emprunt sous un regard qualitatif.

Sur la base de l’usage d’outils pour dominer, il se peut qu’un primate en frappe un autre. C’est toujours dans la rareté – les limites matérielles des ressources – qu’apparaît la domination. La sédentarisation qui d’abord s’est produite par l’agriculture puis par l’urbanisation a donné lieu aux sociétés de diviser le travail dans la hiérarchie. Même les sociétés nomades Autoritaires ont préalablement connu la hiérarchie à travers la sédentarité. Techniquement, 20 à 30 % de la production mondiale ne se rend pas sur le marché. Il faut considérer le fait de notoriété publique que nous produisons pour nourrir 12 milliards d’humains alors que dans les faits, de façon globale, 6 milliards sur 8 sont effectivement et convenablement nourris, pas toujours les mêmes. Sans compter que jusqu’à 80% de la masse monétaire est enfouie dans les dépotoirs fiscaux, sous le couvert du secret bancaire. Cette rareté organisée me donne à penser que nous avons de bonnes raisons de croire que l’humanité est une jolie candidate à la paix dans l’abondance organisée.

Il est très raisonnable et très écologique de décroître la production et d’optimiser la production locale pour créer du temps citoyen, cad du temps d’entraide pour construire la solidarité et l’autonomie tout en gérant l’abondance hors des diktats délétères du Marché et de la globalisation autrement connue sous le nom d’impérialisme ou de colonialisme.

Les diktats du Marché « compétitif » multiplient les offres en dépit des besoins. C’est une logique retorse qui ne peut se conjuguer au don. La logique naturelle du don voudrait que le consommateur fasse appel au travail des autres. Mais dans la logique marchande, ni le besoin ni le travail n’existent au moment de conclure un marché, la spéculation fantasme sur le pari du désir à titiller chez les acheteurs inconnus qui souvent revendront les marchandises ou les services marchands en dehors de tout usage allongeant de façon indéterminée la chaîne des intermédiaires qui parasitent la production et aliènent le consommateur.

Le don fonctionne sur deux motivations : le besoin commande l’appel à la solidarité quand l’autonomie est impossible ou insuffisante, sa contrepartie est le principe de paresse par lequel le temps consacré à une activité doit être au mieux un temps de merveilleux, ou un temps dont la paresse préalable a suffisamment donné du merveilleux pour qu’un moment moins facile, qu’on appelera le temps de cauchemar, se passe dans l’entraide, le travail socialisé.

De façon détaillée, le besoin appelle l’expertise, la confiance appelle la guidance et l’autonomie appelle la solidarité. Le besoin et l’expertise, la confiance et la guidance, ainsi que l’autonomie et la solidarité revêtent une dimension affective. L’affect de confiance confie notre besoin de façon autonome à l’engagement des autres. L’engagement des autres se traduirait comme le fait que les autres s’engagent dans la guidance pour partager leur expertise de façon solidaire.

L’offre et la demande ne sont pas des logiques spéculatives utiles dans une économie du don, car le besoin de solidarité et le besoin de merveilleux articulés dans le principe de paresse, au contraire, tiennent compte de la matérialité du monde qui prépare le repos par le travail et prépare le travail par le repos en multipliant le merveilleux dans le cercle vertueux de la solidarité.

Quant à la fatigue, le modèle que je propose utilise les principes de paresse et de travail conjugués aux principes de merveilleux et de cauchemar, où j’oppose au temps comptable, les temps de qualité, cad les temps dont la valeur qualitative organise de façon naturelle l’engagement et la confiance dont aucune comptabilité ne saurait rendre compte. En gros, le temps de paresse prépare le temps de travail, vice versa. Le temps de merveilleux est une recherche constante, qui rend possible le temps de travail ou même de paresse – forcée – lorsqu’ils sont cauchemardesques. Aussi le tout repose sur la solidarité matérialisée par l’entraide, dans un mode de production collectif où l’éducation populaire assure la polyvalence. La chanson dit : Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place…

La matérialité des corps qui portent les affects en jeu dans une économie du don se distingue du caractère arbitraire et idéel de l’économie de Marché où on joue les devins avec des symboles arbitraires.

LE CRÉDIT OU LA SPÉCULATION SUR L’ENGAGEMENT
Une nation qui confie sa création monétaire aux banques privées, via l’usure, cad le crédit et les intérêts, vit son présent sur la valeur du travail futur, cad un travail pour lequel aucun engagement ne se matérialise. Le crédit national reporte la charge de la consommation présente sur le dos des travailleurs à venir. Quand un pays emprunte à intérêt pour vivre, il enchaîne sa descendance aux travaux forcés, d’autant plus que la masse monétaire qui a cours est le cumul exponentiel des prêts de l’économie d’un pays, entraînant l’inflation sans que toutefois les salaires ne soient dûment indexés à la croissance. La stagnation des salaires face à l’inflation conjuguée à la monnaie-dette entraîne la paupérisation qui aménage les conditions difficiles propices à la contraction de dettes harnachant de plus en plus solidement les travailleurs de la Nation à l’esclavage. C’est l’institution de la Nation soumise aux traités internationaux qui scelle la soumission des corps et des peuples à la dictature des banques, aux monopoles du fric. Il est impératif que les corps et les peuples s’affranchissent d’une telle Dystopie et qu’ils décident en toute souveraineté du modèle économique qui les émancipera. Une économie du don, une société solidaire dans l’entraide gratuite et non payée semble l’avenue la plus réaliste (cf. écologie 0001). Enfin, le caractère usurier de la dette force l’endoctrinement dans l’économie monétaire en dépit des affects de celleux qui s’y contraignent.

LA NOTION D’EMPRUNT
Dans une économie du don, l’espace privé doit être aboli. Seul l’espace d’usage coupe et annihile la possibilité de thésauriser l’immobilier et le patrimoine à des fins de profit. L’espace d’usage est à l’usage de l’usager, pas à sa descendance, après la mort de l’usager ou après son départ définitif, signalé expressément, formellement et directement à une instance communautaire. L’espace d’usage est un bien d’usage que l’on emprunte au bien commun.

Si un bien n’est pas utilisé, il n’appartient à personne, il appartient au bien commun. Il y a l’usage personnel comme une assiette de spaghetti, disons (par contraste avec le bien d’usage collectif, la chaudronnée de spaghetti, disons et les ingrédients dans la cuisine collective…) l’usage quotidien ou régulier. Une brosse à dents est un bien d’usage personnel, quotidien ou régulier. Quand son usager la laisse sur son porte brosse à dents, il en est toujours l’usager exclusif.

On ne peut pas être l’usager de quoi que ce soit quand on est mort. On ne peut pas faire un usage quotidien d’une troisième villa à Saint-Tropez, non plus…

Le meilleur document qui atteste une adhésion ou un consentement en tout temps, en tout lieu, de votre vivant, à votre rythme et à votre mesure est votre esprit véhiculé dans votre corps au moment où il s’exprime expressément, formellement et directement. La procuration ou le testament se fera au regard de la collectivité où seuls les corps autonomes pourront en reconnaître la valeur. Aucun chef ne pouvant exister, aucune minorité ne pouvant se former ne pourront s’opposer au corps social uni dans le consentement exprès, formel et direct. Aucun patrimoine ne sera essentialisé à un corps. Tout bien d’usage hors de l’usage est un bien commun. Aucun profit ne peut se faire dans une économie du don, car le profit n’est possible que par l’exploitation dont les termes sont régis par les lois sur la propriété. Il n’existe aucune propriété dans une économie du don.

Par exemple, on ne peut pas dire qu’une récolte est un profit si l’on en fait usage. Il y a usage collectif et usage personnel. Ce qui est d’usage devient un bien d’usage, car il sort du bien commun. Un usage peut découler de l’emprunt. On emprunte au commun un bien d’usage temporaire qui d’une manière ou d’une autre retournera au bien commun. Un bien d’usage est foncièrement un bien d’emprunt qui retournera au bien commun, comme la poussière retournera à la poussière… en ce sens qu’on ne pourra pas privatiser les atomes de son corps, de ses déjections ou encore de ses productions de quelque nature qui soit! Tout est un emprunt à la matière! Votre bibelot ou votre tableau favoris seront vos biens d’usage au même titre votre maison ou votre vélo. L’artisanat et l’entraide veilleront à concevoir des biens d’usage qui plaisent aux usagers. Parfois, une production massive sera lancée sur la demande exprès, formelle et directe de la collectivité autonome. Le marché sera recadré en ce sens pour arrimer travail et besoins, non pas désir et exploitation.

L’emprunt n’est quantitatif que par rapport à la gestion logistique où les ressources sont gérées de façon matérielle (items, usagers, ressources produites etc.) Le volet qualitatif de l’emprunt est son caractère temporaire limité par le temps d’usage ou encore par les transformations que le bien d’usage subit selon ses caractéristiques naturelles, notamment, selon l’usure et selon la digestion…

L’économie de Marché est philosophiquement idéaliste, en ce sens qu’elle oriente sa production sur une idée : le pari sur un désir pour un objet inexistant pour lequel aucun travail n’a suscité l’engagement, c’est de la spéculation. Un marché de l’économie du don arrimera la production sur un besoin matériel réel, cad dont l’usage est commandé expressément, formellement et directement dans la mesure des conditions matérielles qui prévalent à un moment de l’histoire et en lieu donné. Si un usager autonome demande expressément, formellement et directement un bien d’usage, la collectivité en assurera ou en aura déjà assuré la production. Le bien commun restera toujours disponible pour l’artisanat et toutes les productions autonomes. L’économie du don est ainsi une économie philosophiquement matérialiste. Si un usager commande une licorne, les conditions matérielles de la biosphère à un moment de l’histoire et en un lieu donné seront de toute évidence les premières à orienter la production…

Enfin, nous explorerons des solutions agraires en matière d’abondance au regard de l’écologie dans une capsule à venir.


“donner” ET “prendre” =! “voler” ET “vendre”
Donner ET prendre, ce n’est pas voler ET vendre.