travail 0002 | La persistance du corps contre la culture de l’Autorité

|NI EXPLOITATION, NI PROXÉNÉTISME|1v4

Je tente de démontrer que le capitalisme est un proxénétisme.

Il faut distinguer le travail du sexe de l’esclavage sexuel. Si l’un est une tarification de son propre corps et ses possibilités au profit d’un client-proxénète, l’autre est un viol tarifé du corps et ses possibilités au profit d’un proxénète et d’un client. Le premier cas, qui sans être un cas bénin d’exploitation, est moins intermédiatisé que le second consistant en une double hétéronomie où le proxénète et le client-violeur hétérogèrent le corps (font la loi au corps) de la victime.

La logique hétéronome consiste à fragiliser sa proie, lui imposer des solutions qui encourent une dette, forçant soumission, fidélité et reconnaissance à l’oppresseur, faute de quoi, la confiscation des privilèges ou la répression, puis le jugement et l’exclusion s’appliqueront en guise de punition. Ce sont là les modalités de renforcement de la violence initiée par la paupérisation et la pauvreté, léguées par la classe ou causées par l’enlèvement d’un corps à son environnement. L’esclavage sexuel est une logique colonialiste contre le corps même.

Si un autre mot est plus approprié que « travail du sexe », mais se distingue d’« exploitation », je l’emploierai. Ma démarche tente de départager moralement celleux qui s’engagent dans le commerce de leur corps sans l’exploitation d’un tiers parasitaire, le proxénète monnayeur, contre celleux qui sont les victimes les plus violentées de ce commerce. Mon intuition m’indique un rapport d’autonomie vis-à-vis de la tarification du corps exploité. J’ai des camarades qui font de la « caméra », cad de la pornographie en ligne, dans le confort de leur appartement. C’est cette activité-là qui m’indique un degré d’autonomie très différent de celles qui sont perpétrées sous la séquestration dans des clubs de milliardaires.

La question ultime est celle qui oppose l’autonomie socialement graduée à la dimension inviolable de l’autonomie qui consacre le vivant de façon inconditionnelle. J’entends socialement, car la société agit de sorte que les conditions méritocratiques de la liberté marchandisée se trouve validées. J’entends graduée, car le marché des libertés-marchandises est gradué selon la rencontre imaginaire de ce qui est offert avec ce qui est demandé sous la logique libinale du pari sur le désir, la spéculation. Cette logique marchande, qui met à l’œuvre les corps tantôt pour produire la marchandise ou se transformer en marchandise, tantôt pour consommer le corps vendu et ses productions, s’oppose par l’intermédiation du marché et de l’argent à la liberté des corps de donner les fruits solidaires du travail socialisé.

Je ne crois pas à la liberté monnayée, la valeur socialement construite de la monnaie est très exactement l’exploitation du vivant. Payer pour vivre et vivre pour payer est à mon sens la consécration du capitalisme. Il faudra voir comment la méritocratie construit socialement les conditions des « libertés » marchandes, les privilèges.

Sous les diktats du capitalisme, l’aboutissement de la production de valeur est toujours la tarification du corps, seul travailleur vivant, au sens de Friot, vivre est inconditionnellement une production de valeur. C’est le monnayage de cette valeur qui fait précisément le capitalisme.

Le salariat comme le proxénétisme sont une tarification du corps et ses possibilités. Le salariat, c’est prétendre un prix au corps et ses possibilités. C’est la marchandisation du temps, de la persistance du corps dans le temps, bref, c’est la perversion du conatus par la spéculation et l’argent qui prétendent que l’irréel commande le réel. Le salariat est une aliénation.

Pour qu’un don soit complet, il faut qu’il soit gratuit, car on le donne sans contrepartie et non payé, car on le prend sans contrepartie. Dès qu’il y a un profit qui se fait hors de l’usage, il y a exploitation.

Les bienfaits intrinsèques et les bienfaits extrinsèques donnent la valeur du travail. Si une valeur en contrepartie est exigée, excédant par son ajout la valeur des bienfaits, il y a de facto un profit qui s’ajoute aux valeurs naturelles du travail, une spéculation affective qui le pervertit.

Le seul « bienfait » ou « salaire » qui soit éthique, c’est l’usage consenti. Si ce n’est pas pour l’usage, c’est pour le profit qui engage l’exploitation. Si ce n’est pas consenti, c’est du viol.

S’il y a profit, il y a exploitation, il y a proxénétisme. S’il y a usage et profit, il y a exploitation, il y a clientélisme et proxénétisme, voire domestication…

J’entends clientélisme en ce sens que l’usager est un client qui rétribue le travail d’un corps pour son profit. J’entends proxénétisme en ce sens que l’usager exploite le corps de l’Autre et ses possibilités. J’entends domestication, car le corps est confiné à un usage utilitaire en dépit de tout lien social égalitaire, s’il y a la domination et l’usage pour le profit, il y a la domestication du corps de l’Autre.

Ce rapport est antisocial, car il enfreint le consentement, pierre angulaire de la liberté et de l’égalité, de l’autonomie individuelle et sociale qui fait la solidarité inhérente à ce qui ce nomme société.

L’usage domestique du corps est le bout de l’individualisme, où le corps s’approprie le corps de l’Autre pour l’exploiter. C’est la privatisation du corps, son objectivisation. C’est le stricte contraire de la socialisation, qui fait sujet le corps des personnes liées dans la liberté égalitaire.

L’argent est égalitaire en ce sens qu’elle assujettit toutes les classes de la société à son fonctionnement. Autant les exploiteurs que les exploités en tirent leurs privilèges et subissent les stigmates que leur lègue leur classe. Le bourgeois et le prolétaire ne sont pas frères, ils sont ennemis d’une guerre de classes. Cette égalité de la haine maintient la tension nécessaire à cloisonner les classes et à rendre leur traversée coûteuse dans un sens comme dans l’autre. Le bourgeois n’est pas vraiment libre, son statut ne tient qu’à l’obéissance des exploités et à la haine cannibale de la compétition. Les exploités non plus, chacun des centimètres de jeu à leur laisse politique leur coûte l’exploitation du corps et ses possibilités. La méritocratie, c’est la tarification de l’exploitation, un marché proxénète. Tout le monde doit prostituer quelque chose pour acheter ses privilèges. La propriété, permet de retourner la logique contre le corps des Autres. L’argent, c’est l’esclavage égalitaire. L’égalité sans liberté, c’est l’Autorité. Seule la liberté égalitaire et écologique peut assurer un avenir à notre espèce.

Puisque c’est toujours le corps qui travaille, toute rétribution du travail est une tarification du corps.

Si le travail du sexe est travail, tout Emploi est une prostitution.

Paul Lafargue écrivait en 1883 dans Le droit à paresse ces sages paroles :

« O idiots! c’est parce que vous travaillez trop que l’outillage industriel se développe lentement. »

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