écologie 0001 | L’écologie libertaire contre la culture de l’Autorité

|L’ÉCOLOGIE CONTRE L’ALIÉNATION ET LE CAPITALISME| 1v2

Ce qui m’attriste, c’est que le productivisme a quasiment détruit la biosphère et on l’élève au rang de martyre de nos excès de pauvres pécheurs. Je n’ai pas choisi de vivre dans le capitalisme. On hérite d’un monde organisé par des siècles d’exploitation et de course au profit, où tous avons un rôle en dépit de nos valeurs et de nos projets de société. Mais le pragmatisme commande de relocaliser la production. De créer du sol en rabattant le carbone avec les espèces locales. De laisser la planète créer de la diversité. Nous sommes petits, bien entendu, l’heure n’est pas au mea culpa, il me semble que l’urgence est à l’organisation du gratuit et du non-payé, car déjà ne plus surproduire par le surtravail pour la surconsommation – qui sont des injonctions de la croissance capitaliste – ça va donner du temps citoyen et un répit surtout à notre maison, la Terre. Bref, sortir de la culture de l’Autorité sera le seul destin viable pour les Vivants.

Comment enclencher la décroissance? Si nous étions moins gourmands en ressources nous pourrions ménager les territoires et créer des communautés fédérées sur des objectifs consensuels. Mais infantilisés dans la romance du Mérite – par l’Emploi, le Salariat, le productivisme, le fétichisme de la marchandise, la course à l’argent et au Patrimoine, et le Marché, qui est LE logiciel de la compétition – nous nous comportons comme des bêtes qui élevons les schèmes de la violence Autoritaire et sa logique de prédation en horizons indépassables.

Notre société productiviste entrepose les marchandises – sur des kilomètres, car la spéculation, assurant pratiquement à elle seule la croissance, exempte les industriels de vendre ces marchandises, unique terrain marchand où nous, consommateurs, pourrions exercer un quelconque pouvoir par l’achat ou le boycott. Voilà une première facette de notre aliénation. Une autre facette me semble importante également. La rareté organisée de l’argent, qui d’emblée intermédiatise notre accès à la marchandise, en coupe l’accès par le pouvoir (impuissance) d’achat. Voilà la facette que tentent de corriger certains mouvements sociaux qui ne recherchent pas l’émancipation réelle des aliénations monétaires, mais recherche la démocratie dans le consumérisme. C’est à mon sens l’écueil du réformisme, qui au lieu d’organiser la décroissance – et l’abondance alimentaire hors du Marché – tente d’améliorer les conditions matérielles d’existence des prolétaires en conservant les rapports violents sur lesquels s’échafaude la société de classes. Aller au bout de la révolution ne saurait se faire sans lutter contre la division du travail qui relègue des coins du globe qu’à un secteur de l’économie, à une spécialité qui renforce la globalisation et surtout la dépendance au pétrole par laquelle on fait circuler les marchandises d’une zone spécialisée à une autre, et cela, dans la grande chaîne d’intermédiaires qui aliène le consommateur à sa consommation.

Ainsi, une zone du globe se trouve à être confinée à l’extraction de ressources premières. L’autre zone est reléguée à la seule transformation des ressources, et dans un coin du globe prétendument riche, on ne se charge que de l’organisation de la production, cela sans parler des dépotoirs fiscaux qui se spécialisent dans la finance et les services banquiers. Que se passe-t-il quand le territoire de la production mondiale est la planète globale, que la spécialisation divise le travail? Eh! Bien! TOUT voyage sur des kilomètres de routes, de mers ou de voies aériennes.

Et nous? L’individualisme est une aliénation intermédiatisée par la logique du profit, l’argent, la méritocratie et le consumérisme (marchand), le tout exacerbé par le narcissisme : le degré zéro de l’aliénation, à cause de laquelle l’individu embrigadé dans l’individualisme ignore les limites de son champ d’action sur le Monde (note à moi-même : lire Anselm Jappe). Cette prise sur l’individu le coupe de la société transformée en Marché, où il devra affronter ses semblables, sur les routes, à l’école, à l’usine, dans tous les lieux d’enfermement – la voiture enferme ses usagers sur l’asphalte – où le dernier rempart sont les médias (anti)sociaux. À cela, il faut proposer l’individuation par laquelle l’individu fait histoire avec la société qui reconnaît à sa souveraineté individuelle un rôle participatif à sa mesure et à son rythme.

L’intermédiation causant notre aliénation est un vecteur de destruction individuelle, sociale et écologique. Plus l’assouvissement d’un besoin est intercepté par un intermédiaire – voie maritime, revendeur, morcellement d’un service dans le software par l’abonnement à des outils provisoires etc. – plus cette distance spirituelle, matérielle et sociale est un facteur de risque sous lequel nous sommes soumis à la consommation de « services » léonins. En adhérant au consumérisme, nous cédons notre autonomie, nous nous rendons incapables de liberté par le fait même que nous perdons des savoir-faire, une logique tayloriste de la division du travail, bref nous perdons en polyvalence ce que nous gagnons en spécialisation. Ce faisant, cette consommation exerce une pression sur les ressources de la planète, car elle force le transport de notre consommation sur de plus longues distances au fur et à mesure que l’économie globale crée des mono-économies dans des régions de plus en plus éloignées. Relocaliser la production de biens et de services près de leur consommation aura un double effet, raviver le lien entre le consommateur et les produits du travail tout en réduisant leur impact sur la biosphère.

L’ÉCOLOGIE, C’EST D’ABORD LE LIEN AU TERRITOIRE

Quand on est lié à son territoire, on occupe le territoire pour y vivre. On ne mange pas des légumes qui ont poussé sur une terre volée (privatisée) à un peuple qu’on ne connais pas, forcé de subir l’exploitation du capitalisme contre leur gré, leur esprit et leur corps.

On s’organise avec son territoire localement, car relocaliser la production, c’est économique en terme de moyens déployés, mais surtout, c’est autonomiser les peuples là où ils vivent en fonction des conditions matérielles de l’environnement.

L’import/export est une intermédiatisation qui ne sert qu’à mobiliser l’exploitation, la marchandiser dans le casino de la globalisation coloniale. Les monoéconomies sont dans la logique de la monoculture, elle fragilise le territoire et les peuples qui y vivent en les soumettant à la logique cannibale du Marché.

C’est dans la diversité des productions qu’on pérennise la souveraineté du peuple. La souveraineté locale en dépit des identités politiques, c’est gérer les ressources, les besoins et le travail collectifs. C’est s’occuper du bien commun dans l’entraide gratuite et non-payée sur la base que la confiance règne dans l’abondance organisée.

L’abondance qu’organise le capitalisme est la production de déchets. Une production locale force la parcimonie en regard des ressources, car en sortant de la logique coloniale, on apprend à soigner son petit bout de planète.

L’argent est une intermédiation qui capture le lien confiance/engagement qui devraient tenir lieu de contrat entre les humains capables d’amour. Les intermédiations sont des appareils d’aliénation entre les mains des technocrates – ou tout simplement des hiérarchistes, dont certains sont les bourgeois au sens de Marx – qui séparent les humains en brisant les liens entre eux, et entre les objets et les humains. Ces hiérarchistes ont le monopole des moyens de productions, du patrimoine et du Capital. Un singe peut être éduqué à la monnaie, mais dans un monde idéal, on souhaite que nul n’ait recours à la monnaie de singe, le truchement par lequel, les hiérarchistes raréfient l’accès aux richesses produites ou recueillies. Ainsi la monnaie intermédiatise les rapports sociaux à tous les niveaux et c’est sur sa valeur d’échange que les intermédiaires s’éloignent les uns des autres. La monnaie est un vecteur d’atomisation sociale.

En outre, les hiérarchistes détestent l’autonomie des autres. En peu de mots, la solidarité, c’est l’autonomie sociale. Financer l’autonomie sociale, donc monnayer la solidarité, c’est l’intermédiatiser, c’est déjà la rendre dépendante de la monnaie. C’est de facto la briser. Quand la banque finance le social, elle le met à sa botte grâce au monopole de l’argent. La banque nous déteste. L’argent est une logique mortifère de haine organisée où chacun est un ennemi potentiel, même votre conjoint.e…

L’aliénation causée par l’intermédiation peut trouver une réponse en ce que nous devons devenir polyvalents et autonomes en petites communautés pour les besoins lo tech. Sinon, l’agriculture en milieu « hostile » s’est avérée un succès grâce à la création d’humus (du sol vivant, mycelium etc.) en plantant des espèces appropriées. Donc, beaucoup de formation populaire est nécessaire pour 1- inculquer la conscience de classe : je ne serai jamais Will Smith 2- transmettre des savoir-faire 3- donner sa force, donc son corps et ses possibilités (temps, talents, affects) dans l’autonomie et la solidarité sur la base du consentement où président la confiance et l’engagement grâce à la boucle vertueuse de la solidarité 4- faire de l’éducation populaire gratuite et non payée, inclusive et participative, ce point est la mission que nous tentons de donner à la Tribune anarchiste depuis 2016, un projet socioconstructiviste.

Un camarade biologiste m’a dit un jour : « Pas de société sans biosphère. »

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