travail 0001 | La persistance du corps contre la culture de l’Autorité

|LA NOTION DE TRAVAIL CONTRE L’EMPLOI ET LE SALARIAT| 1v3

Le travail à faire existera toujours ; il s’agit simplement de « Vivre » ou au sens de Spinoza, de faire persister le corps dans le temps : de brosser les cheveux de la grand-mère, d’allaiter le nourrisson ou de cueillir les tomates du potager communautaire, il s’agit toujours de modes de Vivre, donc d’activités humaines qui méritent une reconnaissance dans le système qui arrime le travail aux besoins de la communauté : je l’appelle l’économie par opposition à la Dystopie du temps comptable (le temps divisé). Un corps dans une société libertaire persiste dans le temps dans ses modes de Vivre, l’expression même de sa liberté, un temps de merveilleux.

Il faut distinguer le travail qui totalise les comportements humains dans l’environnement et l’Emploi qui divise le temps pour spécialiser l’activité humaine dans des tâches sectaires sous la logique comptable du temps. L’Emploi est une chaîne qui relègue chacunz de nous à une fraction de la division du travail. Nous limiter ainsi participe de la castration sociale, car elle nous rend dépendantz des productions/marchandises de la division du travail, puisque dans un premier temps, elle nous occupe sur un éventail de tâches restreint, et dans un second temps, elle nous dépossède d’un temps d’apprentissage et d’expérimentation qui nous rendrait plus polyvalentz, donc mieux adaptéz à la liberté. Il faut au contraire encourager la polyvalence et décloisonner les modes de Vivre en dehors des diktats des régimes Autoritaires cad, dans notre cas, les capitalismes.

L’Emploi est la contrepartie étymologique de l’Exploitation, c’est une captation de l’effort de travail par le truchement du Salariat. Le Salariat est la dépendance organisée à ces piliers du capitalisme :

1- l’ Emploi est le travail monnayé sous le régime autoritaire de l’Exploitation qui permet le Profit, donc la capitalisation de la valeur produite, c’est un enfermement de l’emploi du temps qui en échange de la production de valeur octroie aux employés les privilèges de leur classe sociale ;

2- le Productivisme arrime l’Emploi, donc le travail salarié exécuté sur les moyens de production de valeur, un patrimoine aux mains du Patronat…

3- au fétichisme de la Marchandise, seule rétribution du travail sous l’égide du Marché méritocrate sous la condition du Salariat ;

4- en engraissant le Capital duquel s’agrandit le patrimoine ou la mainmise des possédants, les Patrons propriétaires, sur les moyens de production de valeur grâce au surtravail des prolétaires qui surproduisent de la valeur abstraite qui aboutira vers les dépotoires fiscaux ou dans l’investissement dans des moyens de production de plus en plus aliénants.

La plateforme de dépendance qui articule ces piliers est le Marché qui place tous ses acteurs dans un système de compétition émulé par l’Autorité, puisqu’il trace la limite de la Morale des vainqueurs méritant et des perdants non-méritant. Le Marché engage ses acteurs dans la compétition où beaucoup sont appelés à fournir du travail et surtout du surtravail par les divers emplois salariés de la division du travail maintenue sous le joug de l’Autoritarisme qui instrumentalise le Capital pour maintenir son ordre vertical, la culture de l’Autorité.

Nous sommes acculturés à cause à de la division du travail, l’atomisation sociale, le dévoiement de l’artisanat, le post taylorisme, l’exacerbation des phobies sociales, la baisse du pouvoir d’achat, le maintien et la dégradation du cheap labour et des bullshit jobs (cf. http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Bullshit_Jobs-546-1-1-0-1.html), le crédit et le fétichisme de la marchandise obsolescente et la colonisation des espaces du soi : corps, esprit, temps, attention, sentiments sont prostitués dans la romance du Mérite du Salariat et du dépassement de soi connu sous l’appellation culture du Travail, bref la culture de l’Autorité.

L’individualisme promulgué par les médias de masse vend l’autonomie (anti)sociale comme un idéal de liberté et de responsabilité alors qu’au contraire la responsabilité en boucle fermée est une sociopathie ou l’individu atomisé et divorcé de la communauté est voué à l’échec : il va mourir dans des mouroirs à petits vieux en autarcie sociale dans une jungle de gyprock.

Le problème, c’est qu’à part certains clochards, personne ne mangerait un sandwich non emballé du premier inconnu qui passe. Ce qui unit les consommateurs dans le Marché, ce n’est pas nos qualités individuelles, toutes utiles, c’est l’argent. Vous mangez la nourriture des inconnus qui est à vendre dans les conditions définies par le Marché. L’argent fait office de contrat (anti)social et de « garantie » qui parasitent la confiance et l’engagement. Le faux contrat parasite la confiance et la fausse garantie parasite l’engagement.

Cette culture consumériste nous a endoctrinéz dans la culture l’Autorité et vice versa au grand plaisir de nos Maîtres possédants.

Le Patron possédant exerce un chantage sur ses salariés sur la base qu’il est le titulaire d’un moyen de production, son exploitation. Le chantage participe de la Peur, car ayant le monopole sur le moyen de production, il peut exclure celleux qui font entrave à son profit : l’apprentiz trop lent, l’ancienz syndicaliste ou encore unz mutinz, dont il faut noter la violence défensive. La lenteur en entreprise est un vilain défaut, surtout dans les administrations tayloristes (cf. Dans les hôpitaux, les soignantz sont minutéz à chacune de leurs tâches). C’est une condition débilitante et surtout mortifère de la gestion comptable de la Santé. Bref, tous les secteurs sont calqués sur la nanoseconde des marchés boursiers, cela ne profite qu’aux actionnaires qui ont l’éternité fiscale paradisiaque.

La richesse réelle est le fruit du travail concret des vivants. La richesse abstraite a une double fonction. D’abord, elle permet la thésaurisation illimitée du produit réel du travail concret, puis de ce fait, elle prive la caste prolétaire, la contraignant aux travaux forcés sous les conditions de la caste bourgeoise, propriétaire des moyens de production.

Le titre de propriété sur la cuillère, la spatule, le Pyrex et la farine fait que les sous du gâteau que l’on fait dans les locaux du Patron vont à cet employeur. C’est dire que notre force, notre talent, notre expérience et notre temps investis dans ce gâteau valent 2% de la vente et que le titre de propriété sur la matière et les outils octroie 98% des revenus à notre exploiteur. Comment sont payés les moyens de production? À même notre travail de prolétaire!

L’Histoire instaure des institutions qui reproduisent les rapports de pouvoir. Par exemple, le patrimoine est une institution qui participe au maintien des rapports de force Maître/esclave par la transmission de la propriété à une descendance qui reproduira l’exercice de force sur les descendants sans moyens. On peut rechercher à abolir les rapports de force institutionnalisés en réhabilitant la souveraineté individuelle dans la démocratie directe, mais d’abord en abolissant la propriété en faisant libres des moyens de production les artisans qui les opèrent. Il faudra parier sur la notion du SAVOIR-FAIRE plutôt que celle de l’AVOIR pour que tous puissent participer à l’émancipation des corps et des peuples.

L’argent est un instrument de sociopathie, car il contrefait la confiance des uns et l’engagement des autres en les suppléant par un objet de spéculation sur le désir. L’argent est un objet raréfié en dépit de l’abondance du travail et de la richesse qu’il produit, un objet d’un monopole conditionnant l’accès au bien commun qui par le chantage méritocratique crée et maintient la stratification sociale, tantôt en pourvoyant les uns d’une mainmise patrimoniale sur les outils, tantôt en privant les autres du fruit de leurs efforts, seul vrai produit intérieur brut, et cela en vertu de régimes qui garantissent la propriété privée, assise légale au Patronat.

Le passage par le mutualisme est une étape économique enviable pour notre émancipation au même titre que l’instauration de réseau d’entraide gratuite et non-payée. La différence entre le revenu d’Emploi et le salaire à la personne de l’économie mutualiste n’est pas la consommation – puisque dans les deux cas de figure, l’aboutissement est la consommation payée, mais les critères de qualification pour lesquelles nous sommes reconnuz. Chez Friot, touz humainz est qualifiéz à un salaire à la personne, qui lui permettra d’entreprendre librement son actualisation, que j’appelle individuation comme Cynthia Fleury et d’autres penseurz des gauches occidentales. Il s’agit des modes de Vivre qui fait persister le corps dans le temps (cf. conatus de Spinoza). Le revenu d’Emploi est méritocrate : il pose le (bon) travail (licite ou illicite) comme une condition au privilège de la consommation payée. Dans le cas du salaire à la personne, le salaire est la condition du travail : c’est parce qu’on reçoit le don du salaire inconditionnel que l’on peut s’engager dans des travaux. Dans le cas du revenu d’Emploi, le travail est une condition du salaire : c’est parce qu’on occupe un emploi que l’on reçoit le privilège du salaire.

Paul Lafargue écrivait en 1883 dans Le droit à paresse ces sages paroles :

« O idiots! c’est parce que vous travaillez trop que l’outillage industriel se développe lentement. »

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