éthique 0001 | L’éthique anarchiste contre la culture de l’Autorité

|L’ÉTHIQUE CONTRE LA MORALE| 1v2.1

Tous les rapports sociaux ont une base philosophique que l’on nomme éthique, c’est ce qui oriente nos choix de comportements conscients en rapport aux autres, on ne peut pas cohabiter un espace sans cette dimension politique de la vie en société.

Il faut distinguer le Spectacle : la Politique du peu ; et la politique : celle de tous. La politique du Peu nous est enfoncée dans la gorge par les exploiteurs et leurs vainqueurs de la romance du Mérite, tandis que la politique de tous organise la société par opposition à la Dystopie – dans le consentement qui fait l’autonomie et la solidarité.

Le Spectacle est une projection hétéronome. On subit la gueule ouverte le Spectacle des vainqueurs qui font des orgies ostentatoires de luxe et d’opulence. Dans la Politique des vainqueurs, les autres sont les perdants. Si on voit des vainqueurs à la télévision, on ne voit pas toujours nos Démiurges.

En revanche, la politique est l’ensemble des rapports égalitaires et autonomes dans une cohabitation solidaire, par l’entraide, du territoire sain. Hors de ces dimensions, c’est la Dystopie qui nous aliène avec le Spectacle constant du Peu qui fait bombance et nous enjoint à nous endoctriner dans la romance du Mérite en exploitant notre narcissisme. Car on le sait, nous aussi on le VAUT bien, un crédo qui pose la base affective de nos rapports marchands.

La culture du travail ou la romance du Mérite, c’est le leitmotiv de la culture de l’Autorité. Bref, techniquement, ce qui distingue la politique de tous contre la Politique du Peu, c’est l’argent, l’un organise les rapports sociaux dans la confiance et l’engagement, l’autre parasite ces deux affects par l’intermédiatisation de l’argent, qui soudainement de façon généralisée fait office de véritable contrat (anti)social, puisqu’il travestit le profit et l’exploitation en confiance et en engagement. Mais on peut dire d’emblée que l’argent est la perversion du lien social de confiance vis-à-vis de l’engagement. Le profit, qui souvent est monétisé, est un abus de confiance et l’exploitation, qui s’institue dans la rétribution, est un abus de l’engagement. C’est dire que nous n’accordons pas de confiance au travail de l’autre, mais à l’argent. On ne s’engage pas dans un travail pour l’autre, mais pour l’argent. Ces abus sont la preuve que si nous avions eu à les négocier, nous ne les aurions pas intégrés dans notre culture. Bref, la Politique du Peu est une forfaiture sans l’objet d’un moindre consentement (cf. contrat 0001, 0002, 0003) bref, il viole notre vie, un don de la nature.

La Morale est Autoritaire, mais l’éthique relève de la liberté au moindre sens et de l’égalité aussi dans son sens le plus fort. Si la « morale n’est pas fixiste », qu’elle ne fixe pas d’essence aux comportements, c’est une éthique. Si la morale est fixiste, elle fixe le Bien et le Mal comme le ferait un livre de recettes. Connaissant la variabilité des Morales à travers les lieux et les époques, on peut dire que de commander la Morale est une posture arbitraire, puisque toute Morale appartient à un groupe, à un endroit du Monde et à une époque donnée, cette Morale ne fait pas consensus à travers ces variables de l’expérience humaine. Sans consentement, c’est l’Autorité.

Il existe forcément une éthique naturelle, elle ne se négociera pas, elle sera raffinée à l’aune de notre existence. Je propose le lien biosphère-vivant. Car le corps n’existe que parce que l’environnement lui donne une vie. Le Cosmos précède le vivant. Le Monde précède l’humain. La matière précède le corps. Ce qui apparaît comme un esprit est le fruit de la matière qui prête vie à un corps en processus d’autonomisation, un candidat à l’autonomie dans un environnement donné. Votre corps vous accompagne votre vie durant, les environnements – et toutes leurs composantes – où vous vivrez changeront. Voilà la tension qui met en jeu vos affects et le Monde.

La Morale commande les comportements de façon rigide. L’éthique oriente les comportements dans une logique d’adaptation. L’éthique garde comme constante votre propre corps avec son vécu et ses affects. Les contextes où nous orientons nos comportements sont variés, autant par les personnes qui cohabitent les lieux que par ces lieux mêmes en partage et par les objets du décor. L’éthique comporte une part organisée des choix de comportements, vos valeurs, votre histoire, vos affects ; et une part improvisée, les êtres, les choses et les lieux qui diffèrent. Bref, nous sommes la constante de nos rapports aux autres par notre vécu qui se transforme avec le temps. Le langage capitaliste vous taxerait d’opportuniste, tandis que le langage anarchiste vous reconnaîtrait un sens pragmatique, or dans le renversement capitaliste du langage, les Autoritaires, en dépit du caractère arbitraire, donc non consenti, de leur pouvoir, se targuent d’être pragmatique, et les libertaires sont taxés d’opportunistes.

Le pragmatisme anarchiste, à mon sens, se fait dans la concorde, le consentement, la conscience (de classe) sociale. L’opportunisme se fiche de la réalité, c’est le credo de l’égoïsme qui préside à ce que j’appelle l’économie du vol, la propriété, la thésaurisation, l’usure et l’exploitation.

L’Autoritarisme est la subversion de la Morale, car elle ne s’applique pas à celleux qui la prêchent ; et par le fait même de l’éthique et du langage.

La méthode anarchiste, selon moi, c’est la désobéissance et l’organisation horizontale plus ou moins spontanée. Ça se fait selon une éthique du consentement qui fait l’autonomie et la solidarité pour la liberté égalitaire et écologique.

L’environnement nous prête de la matière pour exister. Nous n’avons pas choisi de vivre. Il faut en finir avec l’essentialisme et l’innéisme. Tout nous est donné, acquis. Rien n’est notre propriété par essence. À la rigueur, le corps est un bien d’emprunt, si on prévoit se reproduire, il faut savoir que l’épigénétique se chargera de transmettre l’encodage de nos affects et de nos traumatismes. Il nous appartient de prendre soin de nos corps, les uns les autres. C’est l’éthique solidaire qui nous le recommande. (La plasticité et l’évolution https://youtu.be/m6QCrrnByoM)

EXEMPLES DE PROBLÈME ÉTHIQUE EN REGARD DE L’ANARCHISME

|AVORTEMENT| La question de l’avortement pose de façon catégorique l’opposition entre le corps de l’embryon et le corps de la personne qui le porte. Regardons le cas le plus extrême : celui du viol qui provoque la fécondation.

L’éthique commande d’évaluer au regard des conditions matérielles des deux corps la situation la plus humainement acceptable : 1- la survie des deux corps, mais dans quelles conditions matérielles tangibles et au mieux solidarisées ; 2- la survie du corps porteur dans les meilleures conditions matérielles possibles? Il faudra déterminer si le fruit d’un viol sur le corps exclut tous les autres corps de la négociation des corps en jeu étant donné le caractère criminel de la cause. Cela pose le problème du rapport de l’embryon à la violence dont il est conçu. Deux violences sont en rapport, l’une commise, l’autre envisagée, quel corps fait autorité? L’embryon est-il un corps au premier gradient de l’autonomie?

Il faudra envisager la question de l’enfance politique en regard des stades et du processus d’autonomisation du corps et de ses affects. Il faut aussi considérer que la violence commise appelle à la défense, qui décide ce qui est humainement recevable en matière de défense? Est-ce qu’un corps rejeté affectivement ou matériellement bénéficie d’un destin supportable? Peut-on contrôler les destins inégaux par la naissance? Quel contrat social encadre autant d’imprévus? Peut-on s’approprier un tel contrat au bon moment de notre destin et en être maître au même titre que les corps qui nous précèdent par la naissance ou par l’autonomisation?

Le fœtus n’est pas pleinement autonome, c’est un candidat à l’autonomie des vivants, son statut légal est une question épineuse qui l’exclut par sa nature incomplète du débat. Une question éthique, toujours incomplète et dont le consensus est difficilement possible au regard des institutions qui fondent ou fonderont LA démocratie, c’est en ce sens que la politique n’est pas une science, mais un domaine du quotidien qui doit tenir compte des discours tels que les quêtes de sens comme la philosophie, les arts et la science. L’éthique anarchiste est une quête de sens dans ses pratiques, une quête d’équilibre entre la doxa et la praxis, une question tout à fait spirituelle.

|NATIONALISME| La Charte des valeurs québécoises et le test des valeurs québécoises aux candidats de l’immigration, deux projets portés par les gouvernements nationalistes péquistes et caquistes, et le fanatisme religieux reposent sur le même ordre d’idées : la Morale, du moins celle que l’on croit la seule et la vraie au sein de la Nation (québécoise ou du Moyen-Orient). En effet, dans les deux cas de figure, l’un étatique, l’autre religieux, on retrouve une instrumentalisation de la Morale pour remplir un agenda politique.

|LAÏCITÉ| La laïcité qui me semble la seule valide, est la neutralité, non pas de l’État, il faut l’abolir pour des raisons que je n’exposerai pas ici, mais la neutralité du citoyen vis-à-vis de ses concitoyens. Ceci se traduit par la non-intervention de quiconque dans la spiritualité des autres. Une intervention anti-laïque est la prescription d’ordre moral, qu’elle soit religieuse ou athée. Toute moralisation d’autrui est anti-anarchiste. La laïcité anarchiste que je considère en accord avec l’opposition aux hiérarchismes est toute simple : c’est l’amoralité des rapports formels. L’idéal libertaire!

La Morale est un code binaire pour classer les comportements. Tantôt à une géotemporalité donnée une gifle à un femme est bien, tantôt non. La Morale est un construit qui varie selon l’espace, le temps, les groupes, les individus. L’éthique viendrait en amont des comportements sociaux pour les orienter. La Morale, plus rapide, vient tant en amont qu’en aval pour produire des comportements manichéens par le chantage et la punition.

Pour m’improviser philosophe, je dirais que puisque le monde est une aporie, dans le sens qu’en conciliant tous les paradoxes, on obtient que tout est égal dans l’absolu, on ne peut pas fixer la réalité en une seule de ses facettes et la présenter comme supérieure. Dans une perspective anarchiste, l’éthique et la rencontre de son prochain passe par la non-intervention dans sa morale, mais plutôt dans une recherche d’espace où la réalité est la mise en commun des choses négociées. Seuls l’ouverture et le dialogue dans le miroitement des choses peuvent réunir. De ce principe, la recherche d’un consensus fondateur à une démocratie anarchiste (pléonasme) sera la recherche d’une rencontre d’idées entre tous les intéressés. Que le dialogue s’ouvre, qu’il soit populaire et consenti, qu’il soit volontaire et inclusif, à la mesure de chacun.e et à son rythme.

Enfin, pour délibérer, il faut être libre.

Frederick Bastiat disait il y a plus de 150 ans :

« Lorsque le détournement de fonds et le pillage deviennent des attitudes communes à un groupe d’hommes vivant au sein d’une même société, ce dernier finit par créer un système judiciaire qui autorise ses méfaits, et un code moral qui les glorifie. »

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